Le Fort Saint Jean ou le confinement du duc de Montpensier

9 Avr, 2020

De grands évé­ne­ments se sont dérou­lés dans ce fort, aujourd’hui res­tau­ré grâce aux finan­ce­ments obte­nus par la ville lors de sa nomi­na­tion en tant que capi­tale de la culture 2013.
Transformé en pri­son d’État pen­dant la révo­lu­tion, le fort à reçu der­rières ses grilles d’illustres pri­son­niers dont le duc d’Orléans Philippe-Egalité, empri­son­né en avril 1793, avec ses fils Antoine-Philippe d’Orléans et Louis-Charles d’Orléans (res­pec­ti­ve­ment duc de Montpensier et duc de Beaujolais), et sa soeur, Bathilde d’Orléans, duchesse de Bourbon et prin­cesse de Condé.
Antoine-Philippe y rédige ses « Mémoires du duc de Montpensier » (1837), rela­tant la déten­tion des trois hommes à Marseille…et plus par­ti­cu­liè­re­ment leur confinement.Témoignage d’un lieu où régnait obs­cu­ri­té, puan­teur et hor­reur. Voici un extrait de ces écrits :
« Nous entrâmes donc au fort Saint Jean. Après avoir tra­ver­sé une petite cour sombre, nous tom­bâmes dans l’obscurité la plus par­faite en pas­sant sous une longue voûte qui menait à la par­tie du fort où se trou­vait le loge­ment des­ti­né à ma tante. […]
A peine ma tante fut-elle entrée dans son loge­ment qu’on cria : « Maintenant, citoyens, il faut conduire les deux jeunes d’Orléans à la tour ! »
Aussitôt fait que dit. Nous voi­là au pied de l’infernale tour dans laquelle nous res­tâmes onze mois consécutifs.
On ouvrit une grille et nous mon­tâmes un petit esca­lier tour­nant, étroit, noir et infect ; il n’y pou­vait tenir qu’une per­sonne dans la lar­geur, et les muni­ci­paux et gardes natio­naux s’y pré­ci­pi­tèrent avec un tel empres­se­ment, que nous étions au moment d’étouffer. […]
On me fit redes­cendre quelques marches, puis après avoir ouvert deux énormes portes à triples ver­rous, on me fit entrer dans mon cachot. L’obscurité, la puan­teur et l’horreur de ce séjour me for­cèrent à m’écrier : « Quoi c’est ici ?! » […]
« Je res­tai donc seul entre quatre murs noirs comme la che­mi­née la plus enfu­mée et sur­mon­tés d’une sombre voûte, ne rece­vant dans cette espèce de tom­beau que la clar­té qui pou­vait péné­trer à tra­vers deux sou­pi­raux, dont la plus grande ouver­ture était de deux pieds car­rés sur trois d’épaisseur et qui étaient obs­trués par trois rangs de bar­reaux et une grille.
Il était sept heures du soir et l’obscurité de ma nou­velle demeure parais­sait com­plète. Cependant, comme il fai­sait encore jour au-dehors, les ter­ribles bar­reaux se déta­chaient sur le clair d’une manière vrai­ment cruelle. […]
L’obscurité extrême qui régnait per­pé­tuel­le­ment en ce lieu le peu d air qui pou­vait y cir­cu­ler étant infec­té par des latrines dont on n’était sépa­ré que par une petite porte très mince tout enfin contri­buait à acca­bler l’esprit et le corps de la manière la plus cruelle. […] »
Chaleurs de Provence, brû­lage de sucre et air pur …
« Nous étions alors au milieu de l’été, et les cha­leurs de Provence étaient dif­fi­ciles à sup­por­ter, dans un cachot où l’air ne pou­vait jamais se renou­ve­ler. Nous pas­sions la jour­née en che­mise, mal­gré la grande humi­di­té de notre triste demeure.
Ce fut en vain que nous essayâmes d’y brû­ler des sar­ments pour la rendre plus saine ; la fumée nous suf­fo­quait tel­le­ment qu’il fal­lut y renoncer.
Pour remé­dier à l’infection des latrines, Gamache (le domes­tique d’Antoine, ndlr) brû­lait du sucre et je me fai­sais appor­ter des fleurs, que je conser­vais dans l’eau, et que j’avais conti­nuel­le­ment sous le nez.
Souvent acca­blés par la cha­leur et le besoin de res­pi­rer un peu d’air pur, nous nous élan­cions cha­cun de notre côté à notre sou­pi­rail. Le visage col­lé aux bar­reaux, nous humions de toutes nos forces la très petite quan­ti­té d’air qui pou­vait nous parvenir. »

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